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Quand l’intelligence artificielle s’adonne à la création de parfum.

La création d’un parfum n’est pas une mince affaire. Les « nez », comme on les appelle dans le milieu, travaillent avec leur sensibilité, leurs émotions, leur mémoire et leur créativité. Leur métier consiste à évaluer la qualité d’un produit grâce à une analyse fine de sa fragrance (sensation olfactive). Ils ajoutent les senteurs une à une, combinent les essences et les « absolues » et en définissent les « dominantes ». Ils sont capables de mémoriser jusqu’à 5000 odeurs avec toutes leurs subtilités ! Il leur faudra plus de vingt ans d’expérience pour les plus doués pour se hisser au rang de maître parfumeur. Autant dire qu’être « nez » est un véritable métier complexe et surtout artisanal. Mais alors comment une IA pourrait-elle intervenir dans ce processus ?

Phylira, le nouveau nez de la parfumerie ?

L’année dernière, la société allemande de parfumerie Symrise a fait appel à IBM afin de mettre au point une intelligence artificielle capable d’assister les parfumeurs et de créer de nouvelles fragrances. Le centre de recherche d’IBM a donc mis au point un algorithme de machine learning nommé Phylira. Ce dernier a été utilisé afin d’analyser et d’ajouter à sa database pas moins de 1,9 millions de formules de parfums accumulées par Symrise au fil du temps ainsi que des milliers de matières premières, des données démographiques, mais aussi les chiffres de ventes liés à des tranches d’âges, à des régions géographiques ou au genre. Ainsi, l’IA peut créer des parfums très spécifiques en se basant sur des réussites passées. Deux parfums ont déjà pu être élaborés de cette manière en collaboration avec le parfumeur David Apel : Egeo On Me (floral gourmand féminin) et Egeo on You (boisé masculin). Destinés aux Millennials, qui sont beaucoup plus enclins à l’expérimentation, ils ont été vendus cette année à O Boticario, une marque brésilienne de produits de beauté et sont disponibles sur Internet.

Les deux parfums créés avec l’IA Phylira : Egeo on you et Egeo on me

Carto ou l’ère du parfum 3.0

Un vaste écran tactile, des ingrédients sous forme de pastilles de couleur que le parfumeur peut déplacer virtuellement, une base de données de plus de trois cents molécules. Voici comment se présente la machine de Givaudan nommée Carto. Toutes les formules, tous les ingrédients, les dosages optimaux, les incompatibilités…. du fabricant suisse de parfums sont rentrés dans la machine. Cette dernière est directement reliée à un robot qui cherche la matière première, dose les essais et réalise la pesée. Le nez n’a alors plus qu’à sentir. La célèbre Daniela Andrier, parfumeur de Givaudan, a pu expérimenter la machine en créant She was an anomaly. “Ce parfum est le fruit d’un inattendu. J’ai joué avec Carto  en lui confiant des matières aimées et familières. Carto a suggéré un surdosage de deux ingrédients. Je me suis occupée du reste.”, explique Daniela Andrier. Le jus n’est donc pas entièrement réalisé par la machine. Le dosage idéal entre les ingrédients et la composition finale relève toujours du parfumeur.


Carto, l’outil qui combine intelligence artificielle, écran tactile et robot d’échantillonnage instantané.
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Source : https://www.ictjournal.ch/

Des parfums personnalisés par une intelligence artificielle

De son côté, Maxime Garcia-Janin a élaboré Sillages, un service de création de parfums personnalisés en ligne. Un défi audacieux car il s’agit là de faire acheter au client un parfum qu’il ne sentira que lors de sa réception. Comment ça marche ? Selon les réponses aux questions posées sur le site internet (envie d’une note douce ou intense, votre parfum habituel ect.), un algorithme propose des combinaisons d’ingrédients créées par les parfumeurs de Sillages. Il n’y a plus qu’à sélectionner sa combinaison préférée et à commander sur le site. Le flacon est livré avec des échantillons pour tester le parfum. Ce dernier peut être renvoyé s’il ne convient pas. « Notre ‘machine learning’ permet de proposer deux échantillons originaux auquel un vendeur formé de façon classique n’aurait pas songé pour cette personne. » explique Maxime Garcia-Janin. Cette innovation arrive dans un monde où les jeunes cherchent de plus en plus à se différencier. De plus, les millenials ont pour habitude de commander sur Internet, bien plus que les générations précédentes. Le marché de la parfumerie n’en fait pas exception. Sillages, grâce à son intelligence artificielle, allie donc parfum personnalisé et commande en ligne.


Selon les réponses aux questions posées sur le site internet, un algorithme propose des combinaisons d’ingrédients.

« Nez », un métier amené à disparaître avec l’avancée de l’IA dans le domaine ?

Que les passionnés de parfum se rassurent, pour le moment, l’intelligence artificielle n’a pas pour ambition de remplacer les nez et parfumeurs. La composition finale reste toujours le fruit d’un talent olfactif. Selon David Apel, le parfumeur qui a mis au point les parfums avec Phylira, « c’est l’intelligence de l’homme qui précède la programmation de la machine » et il ne la voit pas comme une menace pour son métier. Tout comme l’explique Claire Viola, vice-présidente de la stratégie digitale chez Symrise, « La création aura toujours besoin de l’homme car les fragrances s’élaborent à partir d’émotions, d’intuitions. Il faut plutôt considérer l’intelligence artificielle comme un assistant parfumeur, un outil au service d’un professionnel “augmenté”. »

 


– Article rédigé par Cynthia Billaud.

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